Lundi 08 septembre 2008
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Franchises médicales et retraites,
quelles société désirons-nous?

La mise en application des franchises médicales est intervenue le 1er janvier 2008. Elle doit rapporter 850 millions d’€ sur l’année, pour un déficit prévu de l’assurance maladie de l’ordre de 6 milliards. Ces franchises concernent même les cardiaques, les diabétiques et les victimes d’affection de longue durée, souvent consommateurs de médicaments à vie. Le gouvernement nous explique que plus ces sommes recueillies seront élevées, plus elles permettront de financer la lutte contre Alzheimer et le Cancer. Or la loi de financement ne prévoit aucun fléchage particulier des recettes.

Nous sommes en présence d’une logique injuste et culpabilisante qui va aggraver la proportion de renoncements aux soins, pour raisons financières, tout en accentuant un des défauts majeurs de notre système de santé : l’inégalité sociale et territoriale d’accès.


N’en doutons pas, il ne s’agit que du prélude à une opération plus vaste encore, fondée sur davantage de forfaits, de déremboursements et de franchises, plus de tolérance vis-à-vis des dépassements d’honoraires de plus en plus fréquents. La réforme de Douste-Blazy de 2004 a totalement échoué, comme on atteste le fiasco du Dossier Médical Personnel, récemment pointé par la Cour des Comptes et l’IGASS, a couté très cher et ne pourra sans doute être mis en application qu’en 2012 au plus tôt.

Raison de plus pour poursuivre sans relâche le combat contre les franchises médicales.

L’annonce dénuée de toute ambiguïté de la part du gouvernement d’imposer, au cours de l’année 2008, le passage progressif aux 41 annuités pour l’accès à la retraite à taux plain, confirme que cette réforme n’est toujours pas bouclée. La CFDT elle-même vient d’indiquer que le projet de décret ne restituait pas le contenu de la négociation et que cette situation était « une prime à la contestation et un bonus à la radicalité ».

Derrière l’argument de l’équité qui n’a pas grand sens lorsque l’on se rappelle que l’inégalité de l’espérance de vie atteint 9 ans selon les métiers exercés – se profile en fait la volonté d’exiger, avant d’engager la discussion, le passage aux 41 annuités pour tous les salariés. Nous sommes, comme nous l’avions indiqué dès le début, face à un enjeu global.

Au-delà de la méthode contestable, l’exigence du MEDEF, portée par le gouvernement de passer à 41 annuités pour l’accès à la retraite à taux plein, pose plusieurs problèmes de fond :

• Tout d’abord, il paraît plus urgent d’élever sensiblement le taux d’activité des salariés âgés de 50 à 60 ans. Aujourd’hui, ce taux reste un des plus bas de toute l’Union Européenne (5 points en dessous de la moyenne de l’UE). Ainsi les séniors évincés du marché du travail et dispensés de recherche d’emploi sont plus de 400 000. De multiples plans sociaux, notamment dans l’industrie, « mettent à la porte » des salariés de moins de 60 ans, voire de moins de 55 ans, souvent aux frais de la collectivité et notamment des collectivités territoriales. Commençons par relever sensiblement le taux d’activité des seniors qui ne demandent qu’à travailler, à temps plein, jusqu’à 60 ans, plutôt que d’exiger l’allongement de la durée des carrières professionnelles pour tous. L’amélioration du taux d’activité des plus de 50 ans aurait, en outre, pour conséquences, de faire progresser la masse salariale globale, et donc les recettes du régime général.

• Ensuite, il semblerait plus utile d’améliorer le taux d’activité des moins de trente ans, que de songer à augmenter le nombre d’annuités. Le taux de chômage des jeunes reste une anomalie, au regard des performances accomplies par les autres puissances européennes, que l’allongement de la durée de cotisation risque d’aggraver. Cette anomalie s’accompagne d’une précarité sociale et salariale, tout à fait inacceptable qui pèse là encore sur les comptes sociaux. A telle enseigne que nous butons sur une vraie contradiction : d’un côté, une période d’activité professionnelle plaine, de plus en plus réduite (30-52 ans), et de l’autre la tentation de la part du patronat, pourtant directement responsable de cette situation, d’augmenter unilatéralement la durée de cotisations pour les retraites.

• Par ailleurs, il faut sans cesse rappeler que le problème majeur, actuellement et dans les quinze années à venir, concerne le niveau des pensions. Celui-ci baisse régulièrement depuis près d’une dizaine d’années. Il continuera à faiblir si rien n’est fait, dans les quinze ans qui viennent, en raison des périodes de chômage rencontrées par les actifs concernés, et la précarisation massive du salariat (+ 30% aujourd’hui). Réclamer progressivement une année de cotisation supplémentaire à l’échéance 2012, pour l’immense majorité des salariés, risque de rendre encore plus difficile l’accès à une retraite à taux plein, et d’accentuer aussi la tendance à la baisse du taux de remplacement. Celui-ci pourrait descendre jusqu’à 35%, d’ici à 2020 / 2025.Précisions que d’ores et déjà, la moitié des retraités perçoit nettement moins que le SMIC, qu’un million d’entre eux se situent sous le seuil de pauvreté (- de 760 € par mois). A noter que la revalorisation du régime général est fixé à 1.1% pour une inflation qui approchera les 2.5%.

• Cette annonce gouvernementale, au contenu très décalé au regard des conclusions prudentes du COR, vise à contourner le principe de la retraite à 60 ans, conquête sociale majeure de la fin du XXème siècle, et source de progrès global, bien que disparate de l’espérance de vie.




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