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04.04.2008

Interview de François Hollande sur la situation économique - La Tribune

La situation budgétaires n’impose-t-elle pas une gestion rigoureuse des dépenses publiques ?

Une bonne gestion assurément ! Et il faut veiller, quelles que soient les circonstances, à rendre la dépense publique plus efficace et plus juste. La situation de nos finances publiques est grave. Les déficits sont beaucoup plus élevés que prévu et le ralentissement de la croissance va amplifier la dérive. Le gouvernement a créé cette réalité. Il ne sait plus comment l’appeler et, surtout, la traiter. Des efforts sont nécessaires. A qui les demander ? Sûrement pas à nos concitoyens qui souffrent déjà de la dégradation de leur pouvoir d’achat, mais plutôt à ceux qui ont bénéficié d’avantages fiscaux et d’exonérations de charges à travers le paquet fiscal voté l’été dernier ? La méthode choisie aujourd’hui par le gouvernement, en ne portant que sur le volet dépenses fait l’impasse sur ce qui devrait être un réaménagement de l’ensemble de notre système fiscal de façon à le rendre plus équitable socialement et plus stimulant économiquement.

Vous êtes opposé à la réduction du nombre des fonctionnaires ?


La fonction publique ne peut pas être une variable d’ajustement de la mauvaise gestion publique. Ce que l’Etat doit faire, c’est définir d’abord ses objectifs, ses priorités, son calendrier d’action et concevoir ensuite l’organisation de la fonction publique, la répartition des fonctionnaires entre les ministères et sur le territoire en fonction de ces paramètres. Aujourd’hui c’est l’inverse. C’est à partir d’un chiffre sur la réduction du nombre des fonctionnaires (35 000 en 2009) que la réforme de l’Etat est engagée. On ne parviendra ainsi ni à moderniser l’Etat, ni à réaliser des économies budgétaires. Je propose à l’inverse de regarder les missions, ministère par ministère : créer des emplois là où ils sont nécessaires pour l’Education, l’accompagnement des jeunes, la sécurité, la Justice. Et réaliser dans d’autres secteurs des économies par l’évolution des tâches et les nouvelles technologies qui permettent des gains de productivité. Je fais également la proposition d’une clarification des compétences entre l’Etat et les collectivités locales pour éviter l’enchevêtrement des interventions et l’incompréhension, pour les citoyens, de l’action publique.

Si les socialistes étaient au pouvoir, ne seraient-ils pas aussi contraints de réduire les dépenses publiques ?

Nous ne nous serions pas mis dans cette situation. Dès le lendemain de l’élection présidentielle, nous aurions défini une stratégie de désendettement de l’Etat. Nous aurions utilisé les marges de manœuvre existantes en 2007 –environ 15 milliards d’euros– non pas pour faire un « paquet fiscal » qui n’a eu ni effet sur la croissance, ni impact sur le pouvoir d’achat, mais pour engager un scénario de réduction du déficit de l’Etat et un plan de soutien à la consommation des ménages comme à l’investissement des entreprises.

Que répondez-vous au gouvernement qui dément mettre en place un plan de rigueur ?

Cessons de jouer sur les mots. Le gouvernement nie la rigueur parce qu’il prétend ne pas augmenter les impôts. Mais la rigueur est partout et d’abord budgétaire. Elle sera celle que subiront les ménages à travers : la diminution des aides au logement, la baisse du nombre des contrats aidés pour l’emploi, la remise en cause de la présence d’administrations sur le territoire, la réduction des effectifs dans l’éducation nationale avec la suppression à venir de 11.000 postes. A ce volet déjà significatif, s’ajoutent les déremboursements de médicaments, les franchises médicales et la création de nouvelles taxes depuis 1 an. Une tous les deux mois. Les ménages français vont être obligés de payer plus pour accéder au logement, à la santé, à l’école. Les collectivités locales vont être également mises à contribution, ce qui aura des effets sur les impôts locaux ou sur les prestations rendues. La rigueur, elle est engagée depuis plusieurs mois, elle va s’accentuer avec la révision des politiques publiques et l’abandon des engagements sociaux, comme la RSA (Revenue de Solidarité Active). Elle va même s’alourdir avec la montée de la dette. Bref, j’appelle « rigueur » toutes les décisions de l’Etat qui pèsent sur le pouvoir d’achat, qu’elles soient budgétaires, fiscales ou administratives. La rigueur est donc au pouvoir !

Le gouvernement pourra-t-il éviter la hausse des prélèvements, comme il s’y est engagé ?

Le gouvernement diffère l’ajustement fiscal. J’en prends pour illustration le financement de la sécurité sociale. Le gouvernement aurait du augmenter la CRDS pour couvrir les déficits accumulés depuis 2005 du régime général. La loi de 2004 l’y oblige. Il utilise aujourd’hui un subterfuge qui consiste à transférer la dette de la sécurité sociale sur celle de l’Etat. Il s’agit environ de 15 milliards d’euros. Chacun sait, et pas seulement les économistes, que les emprunts d’aujourd’hui sont les impôts de demain. Il faudra forcément dans les années qui viennent payer cette dette. Ce qui ne sera pas versé cette année sera prélevé demain. Le laxisme d’aujourd’hui, c’est l’austérité du lendemain.

Le gouvernement pourra-t-il tenir l’objectif de rétablir l’équilibre des comptes publics en 2012 ?

Pour tenir cet objectif et respecter nos engagements européens, le gouvernement sera contraint non seulement de réduire les déficits à travers des ajustements en matière de dépenses publiques mais aussi d’augmenter les prélèvements avant la fin du quinquennat. C’est pourquoi, s’il était lucide et conscient de ses erreurs, la première décision qu’il prendrait aujourd’hui serait de renoncer au paquet fiscal. Faute d’une stratégie d’ensemble des finances publiques et de l’organisation de l’Etat, il procède par des coupes claires dans les dépenses publiques. Elles seront douloureuses pour une majorité de Français sans être de grands rendements en termes budgétaires. Le risque, c’est qu’il affecte la qualité des services publics et le niveau de vie des familles, sans atteindre l’objectif d’équilibre en 2012.

Propos recueillis par Delphine Girard




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