Lundi 08 septembre 2008
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PS77 Actualités Le mot du 1er Fédéral
 ( Auteur : Emeric BREHIER )
Journée internationale du refus de la misère : un vain mot?

Aujourd’hui est une nouvelle journée du refus de la misère. On peut toutefois se demander si le refus de la misère ne serait pas devenu un vain mot. Qui peut accepter que la pauvreté touche toujours autant d’individus ? Selon les standards européens, près de 7 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en France et 2 millions d’enfants sont concernés.


Qui peut accepter que les Restos du cœur, Emmaüs, le Secours populaire, le Secours catholique, l’Armée du salut, la Croix rouge, les diverses banques alimentaires et bien d’autres doivent encore et toujours fournir le minimum vital pour survivre et permettre à 670 000 bénéficiaires quotidiens de ne pas « crever de faim » dans notre pays ?
    
  

Rien ne pourra être résolu tant que l’on n’attaquera pas le mal à la racine.

  

Comme la plupart, je ne l’accepte pas et je ne peux pas m’y résoudre. Comme nombre d’entre vous, lorsque je suis sollicité à l’entrée du magasin je remplis un peu plus mon caddie pour pouvoir fournir une modeste contribution au regard des besoins. Beaucoup se battent quotidiennement, dont 50 000 bénévoles, pour faire reculer ou tout du moins tenter d’endiguer cette misère. Mais, même si ces gestes sont plus qu’une pétition de principe, un vrai geste vis-à-vis de celui qui souffre moins que l’on ne voit que rarement, geste pour son prochain, cela ne résout rien sur le fond et sur le long terme.

La fréquentation des structures d’aides alimentaires a augmenté de 6,5 % en 2006 et les allocataires du RMI ne cessent d’augmenter depuis 2003. En Seine et Marne, on compte près de 25% de RMIstes en plus. De 2006 à 2007, dans notre département, ce sont près de 3000 bénéficiaires supplémentaires qui sont pris en charge par la Banque alimentaire du Secours Populaire. Quant aux Restos du cœur, ce sont près de 8% de repas supplémentaires qui sont délivrés. Enfin, pour le Secours catholique, ce sont 800 familles qui font l’objet d’un suivi quotidien. D’ailleurs, chacune de ces trois organisations, pour faire face à cet afflux, se voit contraint d’ouvrir de nouvelles permanences.

Rien ne pourra être résolu tant que l’on n’attaquera pas le mal à la racine.

La principale clef c’est évidemment la diminution du chômage par une relance de l’emploi, mais une relance structurelle qui ne s’appuie pas uniquement sur des dispositifs conjoncturels de retour ou d’insertion à l’emploi. Plus que le plein emploi, c’est l’ « emploi durable » qui doit être l’objectif. Cela n’empêche pas la mobilité professionnelle, l’évolution du ou des cadres d’emploi. Bien au contraire, il s’agit de permettre à chacun d’évoluer selon son rythme, selon ses aspirations dans un dispositif d’accompagnement et de « sécurisation » de l’emploi tout au long de la vie. Il ne s’agit pas d’un vaste et vague programme d’ « assistanat », mais d’un dispositif de garantie de parcours professionnel par un statut s’opposant à la précarisation générale du travail et de l’emploi dans nos sociétés. L’objectif est de permettre à la fois une garantie de l’emploi, une garantie des ressources et à un droit individuel à la formation permettant l’insertion et la promotion professionnelle grâce à une couverture professionnelle universelle.

A cet égard, on ne peut qu’être confondu devant le projet de fusion des ANPE et des ASSEDIC. Non pas tant sur le rapprochement des deux structures – dès lors que des assurances sont données aux personnels, et, surtout, que ces personnels sont formés à des métiers très différents – que sur l’absence de moyens mobilisés. Aujourd’hui, contrairement à ce que prétend la Ministre de l’Economie, ce ne sont pas 60 chômeurs que suivent chacun des agents de l’ANPE mais bien 150 ! Demandez donc aux agents de l’agence sise à Chelles. Le suivi mensuel, bon dans son principe, compte tenu des moyens, conduit en réalité à un affaissement de la qualité du suivi personnalisé (1/2h tous les mois…) et à une quasi disparition du suivi des entreprises…et donc des offres !

La seconde clef c’est l’accès à l’éducation, la formation et la culture tout au long de sa vie. Notre système éducatif doit répondre aux enjeux du XXIème siècle. Assurer l’éveil des enfants et leurs capacités d’apprentissage dès 3 ans, voir 2 ans, en préservant et en développant le système éducatif de l’école maternelle. Ne perdons jamais de vue que ce système éducatif précoce, public et gratuit, reste une spécificité particulièrement française. C’est un atout incomparable qui nous permet de limiter la « casse » de la ségrégation sociale, c’est un formidable vecteur d’intégration. Un outil d’égalité qui ouvre aux jeunes enfants la possibilité d’accéder aux premiers émois de l’accès de la connaissance. Veillons à ce que cet outil d’égalité ne soit pas remis en cause, comme nous devons veiller à ce qu’à l’école primaire, au collège, au lycée et à l’université, le système d’éducation bénéficie des moyens suffisants pour assurer à chaque enfant, quel que soient ses origines sociales, l’acquisition des savoirs essentiels à la réussite de sa scolarité, de sa vie personnelle et professionnelle future.

Nous avons un formidable système éducatif, un formidable potentiel de chercheurs mais une absence totale de politique en la matière. La recherche est l’enjeu de la réussite de notre pays dans le monde des cinquante prochaines années. La recherche a été l’élément déterminant de la réussite de la France après la seconde guerre. Elle a permis la réussite des plus ambitieux projets industriels, elle a permis à la France de garder son indépendance et sa place dans le monde. Si nous la délaissons, c’est la France que nous délaissons. Une recherche forte, c’est un avenir fort ! Pour notre pays, mais aussi pour l’Europe cadre incontournable de la réussite de notre avenir.

Cela vous semble peut être loin du refus de la misère… c’est pourtant à mon sens le cœur d’une volonté politique tournée vers une seule ambition : s’offrir, par un effort sans précédent dans le domaine de la recherche, les capacités de développement pour dégager suffisamment de richesses, sans gaspillage, afin que tout le monde puisse, dans la dignité, manger à sa faim, se loger correctement, accéder au monde.

Bref, sans cette politique, nulle capacité à créer ces nouvelles richesses, nulle capacité à bâtir de nouveau une économie compétitive, conquérante. Car, aujourd’hui, notre économie ne produit plus assez, n’est pas suffisamment réactive et surtout pas assez innovante. Regardez l’évolution des chiffres du Commerce Extérieur. Et que l’on ne nous dise pas que seul un € fort est à l’origine de cet affaissement de notre compétitivité. Il suffit pour se convaincre de la paresse de cet argument de consulter les résultats de nos partenaires européens !

Tout cela ne peut se réaliser sans, parallèlement, une indispensable redistribution sociale qui doit permettre aux plus démunis de ne pas se retrouver définitivement et inexorablement sur le bord du chemin, sur les marges de la société. Il apparaît indispensable d’offrir à tous une garantie de ressource de base pour tous les actifs privés d’emploi.

Trop souvent, les dispositifs qui ont été mis en place depuis plusieurs décennies n’évoluent que fort peu. Trop souvent même, ils sont regardés comme intouchables. A l’inverse, c’est en les faisant évoluer en profondeur pour certains, à la marge pour d’autres que l’on parviendra à mieux répondre aux inégalités nouvelles qui depuis 20 ans maintenant ont provoqué l’atomisation de notre société et à l’affaissement de la croyance en des lendemains meilleurs.

Voici quelques réflexions qui nous éloignent fortement de ces décisions du gouvernement de lâcher 15 milliards d’€ sans provoquer en retour le moindre choc de croissance ! Comment s’étonner ensuite que les associations qui, quotidiennement, luttent contre la misère se refuse à signer des textes vagues et flous souhaités par Nicolas Sarkozy ?





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